Désolé, vous êtes surqualifié pour ce poste

J’ai commencé à écouter du rap il y a plus de 25 ans. Un jour, j’ai découvert « Dance to the drummer’s beat » de Hermann Kelly et je me suis rendu compte avec effroi que mon maxi de Gunshot « Battle creek brawl » n’était en fait composé que de samples. Sans vraiment comprendre, à l’époque, que ce sample était la porte d’entrée vers un nouveau monde, je me suis mis en quête de découvrir la musique qui composait celle que j’écoutais. C’est, à peu de choses près, le cheminement qu’ont suivi la plupart des amateurs de rap de ma génération et des précédentes. Cela nous a amené à écouter du funk, de la soul, du jazz, du disco puis, par la suite, du rock, du reggae, de l’electro ou encore des choses plus surprenantes comme de la chanson française. Mon boulot de DJ m’a également amené à toucher à d’autres genres musicaux comme le dancehall ou le R&B. Et forcément, en vieillissant, on s’ouvre à des styles qu’on aurait boycottés par principe (ou par purisme) quelques années auparavant.

Tout ça pour dire que je me retrouve aujourd’hui derrière mes platines avec une palette musicale relativement large que j’ai forcément envie d’exploiter. Or il se trouve que cette diversité s’est avérée être un handicap tout au long de ma carrière. On m’a toujours collé des étiquettes sur le front : trop old school pour les clubs, trop commercial pour les caves, trop hip hop pour les soirées funk, etc. Aujourd’hui encore, j’entends des gens s’étonner de m’entendre passer des hits de clubs actuels alors que ça fait pas mal d’années que je joue dans cette catégorie. Après 20 ans de deejaying, le constat est simple. Il aurait été beaucoup plus facile et efficace de choisir une voie claire et de m’y tenir. Seulement voilà, je ne vois pas mon travail uniquement à travers le prisme du gestionnaire de carrière et j’ai autant de plaisir à jouer de la trap qu’à faire une mixtape sur l’œuvre de Gainsbourg.

Pourquoi ne peut-on pas envisager qu’un DJ ait plusieurs cordes à son arc ? C’est un peu comme si on disait à un cuisinier : « Non mec, toi tu n’as pas le droit de faire cuire un steak, ton truc à toi c’est le poulet, t’es connu pour ça ! » Ce qui m’intrigue, c’est qu’on crie au génie quand des mecs comme Diplo ou A-Trak font des sets super éclectiques (et d’ailleurs, à juste titre, ce sont des génies) mais que si un DJ local tente de jouer autre chose que « Still Dre » ou « Ni**as in Paris », on prépare immédiatement le goudron et les plumes.

Au delà de mes problèmes personnels de DJ dont, il faut bien l’avouer, on se fout pas mal, ceci m’amène à me poser d’autres questions : comment se fait-il que les gens qui sortent aient une idée aussi préconçue et rigide de ce qu’ils veulent entendre ? Est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer des soirées sans thème imposé dès le départ ? Comment en est-on arrivés là ? Ce que je veux dire c’est que, il y a quelques années, on allait écouter des DJs pour découvrir de la musique. On suivait particulièrement tel ou tel DJ parce qu’on savait qu’il avait des disques introuvables. Il faut bien admettre que, de nos jours, la plupart des DJs hip hop jouent les mêmes tracks dans les clubs. Je ne jette la pierre à personne, je participe à cette uniformisation. Mais maintenant que n’importe qui a un accès pratiquement global à toute la musique mondialement produite, on devrait se cantonner à ne jouer que ce que l’auditoire a sur son Ipod ? C’est quoi le bug ?

Récemment, je lisais un coup de gueule écrit par Jazzy Jeff dans lequel il disait ceci: « Je me rends compte que nous vivons dans un monde instantané… un monde dans lequel tu peux avoir pratiquement tout ce que tu veux quand tu veux… nourriture, musique, shopping, divertissement, etc. Ceci étant dit, quand tu sors en club… arrête de penser que tu peux dire au DJ ce que tu veux entendre. Arrête de mettre ton écran de téléphone lumineux dans la face du DJ avec ta request. Tu te réveilles avec TA chanson… tu l’écoutes en mangeant ton petit-déjeuner… sur le chemin du travail… au travail… pendant ta pause déjeuner… en rentrant du travail… lors du repas du soir… en t’habillant pour sortir… en chemin pour le club… uniquement pour venir demander TA chanson??? Sérieusement??? »

A mon sens, Jazzy Jeff met le doigt sur un sujet essentiel quand il parle de société de consommation immédiate. Et entendre un DJ qui a plus de 30 ans de métier dire ce genre de choses me fait réfléchir. Est-ce que l’époque durant laquelle on allait voir un DJ pour voir sa performance est révolue? Est-ce que le rôle d’un DJ en 2016 n’est plus que de proposer les morceaux que le plus grand nombre connait? Est-ce qu’on n’est pas en train de transformer une forme d’art en travail d’exécutant? Est-ce que les goûts de la masse ne nous poussent pas à niveler notre sélection musicale par le bas? Je ne suis pas nostalgique des époques passées et j’accepte le changement. Mais que dire lorsque ce changement est un poison pour notre culture?

J’ai parfois l’impression qu’en submergeant les gens de musique, on les désintéresse. En devenant pratiquement gratuite et disponible partout, la musique a perdu de son intérêt. Alors on fait quoi maintenant ? On crée des sectes de mélomanes et on se réunit dans les bois les soirs de pleine lune pour jouer et découvrir de la musique ? Moi je suis partant… d’autres adhérents ?

DJ Green Giant

La mort annoncée du deejaying

Depuis quelques mois, voire quelques années, le monde du deejaying est en effervescence et crie à la réalisation des prophéties mayas. La raison? Le sync button (ou bouton de synchronisation pour les francophiles) qui est apparu sur la plupart des contrôleurs DJ ou des logiciels de mix.

Pour faire simple, ce bouton permet d’ajuster automatiquement le tempo de deux morceaux dans le but de pouvoir les enchaîner, chose que les DJs faisaient manuellement, et à l’oreille, depuis plus de 30 ans.

Il n’en a pas fallu plus pour que la secte des puristes annonce la mort de notre culture et l’invasion de jeunes DJs incompétents sous-payés qui viendraient voler nos emplois… On croirait entendre un remake du plombier polonais version clubbing.

Soyons clairs, la mort de la culture DJ n’arrivera pas après une avancée technologique mineure mais bien une fois que la starification des DJs nous aura tous fait passer pour des membres de boys bands juste bons à lever les bras et à regarder le ciel le front en sueur.

Certes, il est plus facile aujourd’hui d’apprendre à mixer. Mais on avait déjà prédit une déferlante de DJs et le durcissement de la compétition avec l’arrivée des logiciels Serato ou Traktor. Il n’en a rien été, et ceci pour une raison simple : la technique de mix n’est de loin pas la seule compétence à acquérir avant de faire une soirée dans un club. La connaissance musicale, la sélection, la gestion de soirée ou la cohérence des enchainements sont largement aussi importants. Et pour ça, il n’y aura jamais d’aide technologique.

Ce qui me fait gentiment sourire, c’est que les DJs les plus forts techniquement de la planète ne se posent pas de question et utilisent les évolutions technologiques comme de nouveaux outils. A l’instar de DJ Craze, triple champions du monde DMC que l’ont peut voir mixer sans casque.

Car il y a bien deux façons d’appréhender une évolution comme l’arrivée du bouton sync. Soit on le considère comme un moyen de tricher, soit on le voit comme une nouvelle arme qui permettra de faire progresser nos sets. Personnellement, je privilégie largement cette dernière approche. Depuis que j’ai remplacé mes lourds et volumineux sacs de vinyles par un ordinateur, je fais des boucles, je modifie la structure des morceaux, j’édite les versions originales, je m’amuse avec les cue-points, etc, etc. Je ne peux donc que me réjouir de l’arrivée de la synchronisation qui me permettra de faire progresser la créativité de mes sets et de me différencier des autres djs.

Depuis la fin des années 70, la technologie n’a cessé d’évoluer pour épauler les DJs dans leur travail. La MK2, la prise casque, le cross-fader, le cross-fader digital, Serato, Traktor, les contrôleurs et maintenant le sync button. Ces évolutions n’ont jamais rendu un mauvais DJ bon, mais elles ont rendu des bons DJs meilleurs.

DJ Green Giant

Monsieur Junod et la théorie de la relativité

Le 29 mai dernier, le Lausanne-Sport battait Genève Servette et plongeait ce dernier dans les ténèbres de la challenge league. Certains supporters ont fait entendre leur colère en arrachant des sièges, cassant les toilettes du stade, jetant des projectiles sur les forces de l’ordre, endommageant des véhicules stationnés et terrorisant les commerçants, habitants et autres passants.

Suite à ces incidents, on a pu entendre la réaction de Monsieur Grégoire Junod, bourreau des clubs lausannois et accessoirement conseiller municipal responsable du logement et de la sécurité publique de la ville au micro de la RTS. Il y a tenu les propos suivants : « Il y a des enquêtes qui vont pouvoir s’ouvrir maintenant et qui permettront de prononcer de nouvelles interdictions et de prendre des sanctions également. Ce qu’il faut quand-même savoir, c’est que sur l’ensemble de la saison, c’est le seul match qui ait dégénéré de cette manière là. C’était évidemment un match avec un enjeu très important, ça ne justifie rien du tout, mais je pense qu’il faut aussi le relativiser par rapport à ce qui se passe sur l’ensemble de l’année ou de la saison de football à Lausanne. »

Relativiser? Vraiment? Et concernant les clubs lausannois, vous avez aussi relativisé? J’avais l’impression contraire, comme c’est étrange. Mais ne cédons pas à l’émotion, soyons pragmatiques et comparons le comparable.

Cette saison, le Lausanne-Sport a joué 24 matchs à la Pontaise. Il y donc eu un match sur 24 qui a totalement dégénéré, soit 4.1%. Et quand on dit dégénéré, on est à la limite de l’euphémisme. Les débordements ont quand même nécessité le déploiement de plusieurs dizaines de policiers, l’utilisation d’un camion anti-émeute, de balles en caoutchouc, de sprays au poivre de grenades lacrymogènes et ont engendré des dizaines de milliers de francs de dégâts.

Et du côté des clubs maintenant. Il y a à Lausanne environs 40 clubs qui organisent en général 3 soirées par semaine ce qui fait donc 120 soirées par semaines soit 480 par mois et 5’760 par année sans compter les soirées organisées les veilles de jours fériés. Sur une année, on compte, tout au plus une dizaine de débordements majeurs. Reprenons notre calculette. Ca nous fait donc un taux de dérapage suite à des soirées de 0.17% soit 24 fois moins que pour la saison de foot. Ajoutons à cela que Lausanne accueille jusqu’à 30’000 fêtards chaque week-end. A titre de comparaison, la capacité maximum du stade de la Pontaise et de 15’786 places et que ce dernier n’a pas été plein pour un match de foot depuis bien longtemps.

Or, dans le cas des clubs, il ne s’agit plus de relativiser mais bien de sévir alors que les débordements en question sont loin de la violence observée le 29 mai entre la Pontaise et la gare. Alors pourquoi cette différence de jugement? Après que la presse locale a donné aux clubs lausannois une réputation de coupe-gorge, Monsieur Junod, qui se verrait certainement un jour syndic à la place du syndic, a dû sentir dans son cou le souffle de l’opinion publique et, sur ses épaules, le poids de la pression électorale.

Loin de moi l’idée de blâmer le foot et de demander des restrictions pour les supporters. Seulement il y a quand même deux poids, deux mesures et la mauvaise réputation, très souvent infondée, des clubs lausannois est en train de pousser les politiques à prendre des mesures plus spectaculaires qu’utiles qui n’auront pour seul effet que de faire fermer les établissements qui n’ont pas les moyens de respecter les mesures imposées par la ville et qui ne peuvent pas supporter une fermeture à 3 heure. Une sorte de sélection naturelle orchestrée par Monsieur Junod qui lui permet de satisfaire l’opinion publique tout en se déchargeant de la responsabilité de la fermeture des clubs et de la mise au chômage de leurs employés.

Mais l’efficacité de cette stratégie pourrait s’avérer très « relative ». A vouloir satisfaire tout le monde, Monsieur Junod risque bien de mécontenter la plupart. En attendant les élections, les nuits lausannoises seront certainement la victime de cette partie d’échec politique.

DJ Green Giant

VD: le match entre Lausanne et Servette a tourné au saccage.

Le rap romand ou la rafale de kalachnikov dans le pied

Ca fait quelques années que je me balade en Romandie et que j’y joue des disques ici et là. Je m’occupe aussi depuis 15 ans d’une émission Hip Hop sur une radio de la région. Ces différentes activités m’ont permis d’analyser l’évolution de la scène locale et les interactions entre ses différents acteurs.

Quand j’ai débuté en radio en 1997, on ne se souciait que très peu du rap suisse. Force est de constater qu’à part une injection sporadique de Double Pact, on n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mais au delà de ça, on n’avait pas le souci de défendre la production locale, on défendait une culture qui portait clairement le label « made in the USA ». Ceci dit, à cette époque, personne ne nous le reprochait. Paradoxalement, c’est lorsqu’on a commencé à jouer du rap helvète que les attaques nous ont visés. Au goût de certaines personnes, on n’en diffusait pas assez. Critique recevable à mon sens mais prématurée; on n’allait pas, du jour au lendemain, changer radicalement la programmation de notre émission. Aujourd’hui, on tourne à une moyenne de 15 à 20% de rap romand ce qui est plus que bien si on prend en compte l’étroitesse du territoire et le gigantisme de la production US voire française. Depuis cette hausse de diffusion de rap local, la seconde attaque ne s’est pas fait attendre : « Oui mais vous ne passez pas les bons »

C’est à partir de là que se sont dressés devant nous les experts autoproclamés en musicologie et les défenseurs du bon goût. Après une rapide étude de l’origine de ces critiques, on n’arrive toujours à la même conclusion : les bons rappeurs = les potes de ceux qui émettent ces critiques, voire les rappeurs eux-mêmes. Ce qui m’amène à la réflexion suivante : comment un mouvement musical peut-il évoluer lorsque les auditeurs défendent uniquement les artistes du coin de leur rue et dénigrent les autres qui pourraient faire de l’ombre à leur chouchou ? La réponse est simple, il évolue autant qu’un spermatozoïde perdu au milieu d’un mouchoir. Alors soit ces personnes là sont incapables de juger la qualité objective d’un artiste, soit leur jalousie est telle qu’ils ne peuvent pas supporter qu’un autre artiste obtienne quelque chose qu’ils n’ont pas. Dans les deux cas, cette attitude est malsaine et contre-productive. La compétition est bonne quand elle est juste. Chez nous, on se tire juste dans les pattes pour être sûrs que le mec du village d’à côté ne sera pas celui qui y parviendra.

Dernière attaque plus que redondante : « Vous faites du copinage, vous ne jouez que vos potes ! » J’ai toujours trouvé cette remarque ironique sachant que ceux qui la formulent aimeraient qu’on ne joue pas nos potes… mais les leurs.
Un mec qu’on diffuse est forcément notre pote vu que d’autres, qui sont pourtant si forts, ne sont pas diffusés. A croire que chaque quartier de Suisse abrite  une multitude de Jay-Z en herbe. Est-ce que personne ne se dit jamais que si je jouais de la musique médiocre juste pour faire plaisir à mes amis, je mettrais ma crédibilité de DJ en péril ? Personne ne se dit qu’au sein de cette minuscule scène du rap romand, il était normal de tisser des liens et que le fait que j’apprécie un artiste peut établir le dialogue entre lui et moi ? Personne ne se dit que j’ai des potes rappeurs que je ne joue pas parce que je pense qu’ils ne sont pas à niveau et d’autre que je ne connais pas qui tournent en boucle sur mes platines ? Parfois j’aimerais rappeler que ni moi, ni mes collègues n’avons un devoir de loyauté envers la scène suisse. Une émission de service public n’est pas un service social pour rappeurs en manque d’affection. Nous faisons nos émissions pour nos auditeurs, pas pour les artistes. Tant mieux si on arrive à faire d’une pierre deux coups et donner un coup de pouce aux artistes locaux mais j’ai parfois mal aux épaules à force de nager à contre-courant.

Au mois d’octobre de l’année dernière, j’avais reçu pas mal de morceaux d’artistes locaux et la plupart étaient de bonnes qualités ce qui me permettait d’en jouer régulièrement cinq ou six dans une émission d’une heure. J’ai alors pris l’initiative de consacrer une heure entière au rap romand. Résultat : en 20 ans de carrière, je ne me suis jamais fait autant insulter. Mon idée, qui partait d’une bonne intention, s’est retournée contre moi. Internet étant un grand espace d’expression libre, j’ai eu le loisir d’y lire des choses comme « Laissez moi rire!!!!Y a trop de bouffons dans cette liste », « On voit que Green Giant n’en a rien à branler du rap d’ici et ne s’y intéresse pas du tout…sinon il aurait pas pondu une tracklist de guignol mdr » ou encore « dites pas aux gens que vous allez passer du rap suisse alors que vous passez deux trois de vos potes 🙂 y a bcp d’autres rapeurs qui en valent plus la peine laissez un peu de place aussi aux autres pas tt le temps les mêmes… »
Loin de moi l’idée d’être hermétique à la critique. On peut, bien entendu, discuter mes choix et les remettre en question. Je ne prétends pas avoir un jugement absolu sur ce sujet subjectif. D’ailleurs, à aucun moment je n’ai eu la prétention de faire de cette émission une représentation fidèle de ce qu’est la scène romande. Mais quand la critique tourne à l’insulte envers le seul média (radiophonique) susceptible de diffuser de manière vaste et fréquente du rap romand, j’ai clairement l’impression qu’on est en train de tronçonner la brindille sur laquelle nous sommes assis.

Bref, c’était il y a une année et on n’a pas réitéré l’expérience depuis. Le plus grand perdant de cette histoire est sans conteste le rap romand. Peut-être qu’on la retentera un jour, mais honnêtement, il m’arrive parfois d’être las de défendre cette scène. Il y a des artistes qui sont, à mes yeux, talentueux et je continuerai à les soutenir. Mais je n’ai pas envie d’être assimilé à une bande de fans ou d’artistes jaloux et frustrés prêts à mettre des bâtons dans les roues de quiconque risquerait de les dépasser. Il suffit de se promener sur les sites Hip Hop romands ou encore sur facebook pour constater que les commentaires prônent plus la défense de clocher que l’unité chère à Bambaataa. Les quolibets adressés à Stress démontrent à eux seuls que la réussite dérange quand elle ne touche pas son voisin de palier. Tout ce qu’on peut observer nous amène à la même conclusion : il ne faut surtout pas parler de rap suisse si on ne veut pas subir le raz de marée de fiel. Que les choses soient claires, je n’essaie pas ici de défendre mon cas ou celui de mon émission. J’ai passé l’âge de me sentir atteint ou vexé par ce genre de bêtises. Je fais juste un constat consternant et me place uniquement en tant qu’observateur.

Les artistes veulent qu’on parle d’eux mais ne sont pas prêts à accepter les critiques. Tant qu’ils ne seront pas capables de faire preuve de recul et tant que les auditeurs continueront à penser que leur avis prévaut sur celui de tous ceux qui ne le partagent pas, nous n’irons nulle part. Le rap romand est un marathonien avec des boulets aux pieds. Les médias généralistes ne s’intéressent pas à nous et, comme d’habitude, nous préférons leur jeter la pierre plutôt que de balayer devant notre porte. Comment les imaginer parler en bien d’un milieu qui se discrédite tout seul ?
Je conclurai quand même en précisant qu’il ne s’agit, bien sûr, pas d’une généralité et qu’il reste pas mal d’artistes et d’amateurs de rap avec qui la discussion est riche et constructive. Malheureusement, ce ne sont pas ceux qu’on entend le plus et les chiens qui aboient font la loi dans le chenil de l’ internet.

Big up à tous les acteurs de cette scène avec qui j’ai interagi et collaboré de manière positive au fil des années.

DJ Green Giant