Monsieur Junod et la théorie de la relativité

Le 29 mai dernier, le Lausanne-Sport battait Genève Servette et plongeait ce dernier dans les ténèbres de la challenge league. Certains supporters ont fait entendre leur colère en arrachant des sièges, cassant les toilettes du stade, jetant des projectiles sur les forces de l’ordre, endommageant des véhicules stationnés et terrorisant les commerçants, habitants et autres passants.

Suite à ces incidents, on a pu entendre la réaction de Monsieur Grégoire Junod, bourreau des clubs lausannois et accessoirement conseiller municipal responsable du logement et de la sécurité publique de la ville au micro de la RTS. Il y a tenu les propos suivants : « Il y a des enquêtes qui vont pouvoir s’ouvrir maintenant et qui permettront de prononcer de nouvelles interdictions et de prendre des sanctions également. Ce qu’il faut quand-même savoir, c’est que sur l’ensemble de la saison, c’est le seul match qui ait dégénéré de cette manière là. C’était évidemment un match avec un enjeu très important, ça ne justifie rien du tout, mais je pense qu’il faut aussi le relativiser par rapport à ce qui se passe sur l’ensemble de l’année ou de la saison de football à Lausanne. »

Relativiser? Vraiment? Et concernant les clubs lausannois, vous avez aussi relativisé? J’avais l’impression contraire, comme c’est étrange. Mais ne cédons pas à l’émotion, soyons pragmatiques et comparons le comparable.

Cette saison, le Lausanne-Sport a joué 24 matchs à la Pontaise. Il y donc eu un match sur 24 qui a totalement dégénéré, soit 4.1%. Et quand on dit dégénéré, on est à la limite de l’euphémisme. Les débordements ont quand même nécessité le déploiement de plusieurs dizaines de policiers, l’utilisation d’un camion anti-émeute, de balles en caoutchouc, de sprays au poivre de grenades lacrymogènes et ont engendré des dizaines de milliers de francs de dégâts.

Et du côté des clubs maintenant. Il y a à Lausanne environs 40 clubs qui organisent en général 3 soirées par semaine ce qui fait donc 120 soirées par semaines soit 480 par mois et 5’760 par année sans compter les soirées organisées les veilles de jours fériés. Sur une année, on compte, tout au plus une dizaine de débordements majeurs. Reprenons notre calculette. Ca nous fait donc un taux de dérapage suite à des soirées de 0.17% soit 24 fois moins que pour la saison de foot. Ajoutons à cela que Lausanne accueille jusqu’à 30’000 fêtards chaque week-end. A titre de comparaison, la capacité maximum du stade de la Pontaise et de 15’786 places et que ce dernier n’a pas été plein pour un match de foot depuis bien longtemps.

Or, dans le cas des clubs, il ne s’agit plus de relativiser mais bien de sévir alors que les débordements en question sont loin de la violence observée le 29 mai entre la Pontaise et la gare. Alors pourquoi cette différence de jugement? Après que la presse locale a donné aux clubs lausannois une réputation de coupe-gorge, Monsieur Junod, qui se verrait certainement un jour syndic à la place du syndic, a dû sentir dans son cou le souffle de l’opinion publique et, sur ses épaules, le poids de la pression électorale.

Loin de moi l’idée de blâmer le foot et de demander des restrictions pour les supporters. Seulement il y a quand même deux poids, deux mesures et la mauvaise réputation, très souvent infondée, des clubs lausannois est en train de pousser les politiques à prendre des mesures plus spectaculaires qu’utiles qui n’auront pour seul effet que de faire fermer les établissements qui n’ont pas les moyens de respecter les mesures imposées par la ville et qui ne peuvent pas supporter une fermeture à 3 heure. Une sorte de sélection naturelle orchestrée par Monsieur Junod qui lui permet de satisfaire l’opinion publique tout en se déchargeant de la responsabilité de la fermeture des clubs et de la mise au chômage de leurs employés.

Mais l’efficacité de cette stratégie pourrait s’avérer très « relative ». A vouloir satisfaire tout le monde, Monsieur Junod risque bien de mécontenter la plupart. En attendant les élections, les nuits lausannoises seront certainement la victime de cette partie d’échec politique.

DJ Green Giant

VD: le match entre Lausanne et Servette a tourné au saccage.

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